Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

28 juillet 2006

New Born


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Muse - New Born

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21 juillet 2006

Nuit de l'enfer


J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine! Voyez comme le feu se relève! Je brûle comme il faut. Va, démon!
J'avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l'air de l'enfer ne souffre pas les hymnes! C'était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je?
Les nobles ambitions!
Et c'est encore la vie! - Si la damnation est éternelle! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n'est-ce pas? Je me crois en enfer, donc j'y suis. C'est l'exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent! L'enfer ne peut attaquer les païens. - C'est la vie encore! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.
Tais-toi, mais tais-toi!... C'est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. - Assez!... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles. - Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j'ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection... Orgueil. - La peau de ma tête se dessèche. Pitié! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif! Ah! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, à cette heure. Marie! Sainte-Vierge!... - Horreur de ma bêtise.
Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien... Venez... J'ai un oreiller sur la bouche, elles ne m'entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu'on n'approche pas. Je sens le roussi, c'est certain.
Les hallucinations sont innombrables. C'est bien ce que j'ai toujours eu: plus de foi en l'histoire, l'oubli des principes. Je m'en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.
Ah çà! l'horloge de la vie s'est arrêtée tout à l'heure. Je ne suis plus au monde. - La théologie est sérieuse, l'enfer est certainement en bas - et le ciel en haut. -Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.
Que de malices dans l'attention dans la campagne ... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages ... Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber... Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d'une vague d'émeraude...
Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.
Ecoutez!...
J'ai tous les talents! - Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. - Veut-on des chants nègres, des danses de houris? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l'anneau? Veut-on? Je ferai de l'or, des remèdes.
Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, - même les petits enfants, - que je vous console, qu'on répande pour vous son coeur, - le coeur merveilleux! - Pauvres hommes, travailleurs! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.
- Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J'ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c'est regrettable.
Bah! faisons toutes les grimaces imaginables.
Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours... Suis-je las!
Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l'orgueil, - et l'enfer de la caresse; un concert d'enfers.
Je meurs de lassitude. C'est le tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame! un coup de fourche, une goutte de feu.
Ah! remonter à la vie! jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit! Ma faiblesse, la cruauté du monde! Mon Dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal! - Je suis caché et je ne le suis pas.
C'est le feu qui se relève avec son damné.

   
   

Arthur Rimbaud

 

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17 juillet 2006

frappé dans le dos

   
   

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mais les eaux de vase noire de la Baie de l'Enfer couvrent-elles un peu d'espoir

   
   
   

Nessy rangeait des verres au fond du café.
La machine lave-verre lançaient des ultra-sons qui lui vrillaient le crâne.
Elle apperçut l'homme seul au bar et reconnut l'Egaré qu'elle devait trouver.
John restait à fumer au bout du comptoir tant qu’il lui restait des clopes. Il attendait tranquillement que quelqu’un lui propose de le servir. Etait-il transparent ? Il ne se sentait plus d’impatience, cette sensation l’avait totalement quitté lui semblait-il.

Nessy approcha.
"Que désirez-vous" demanda-t-elle en plongeant dans le regard de l'homme.
John se sentit soudain perdre pied au fond du lac bleu-vert des yeux de la vouivre.
"Vous!" s'entendit-il hurler de toute ses forces,
mais les mots restèrent prisonniers au fond de sa gorge, sa voix le lâcha, elle se brisa avant de franchir ses lèvres.
"pardonnez-moi, j'entends mal" lui-dit-elle

perdu, effrayé,
il se leva et s'enfuit du bar bruyant,
la porte claqua comme un coup de revolver.
John s'écroula sur la terre, la balle l'avait frappé dans le dos,
entre les deux poumons,
droit dans le coeur.

   

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12 juillet 2006

Nul ne peut perdre ni le passé ni l’avenir

   

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Quand même tu devrais vivre trois fois mille ans, et autant de fois dix mille, rappelle toi cependant ceci : que personne ne perd d’autre existence que celle qu’il est en train de vivre et qu’il n’en vit pas d’autre que celle qu’il perd. L’existence la plus longue et l’existence la plus courte en reviennent au même. Le présent est égal pour tous, égal aussi le moment qui passe et par suite ce que nous perdons apparaît ainsi comme instantané. Nul ne peut, en effet, perdre ni le passé ni l’avenir ; car comment pourrait-on perdre ce qu’on ne possède pas ?

   

Marc Aurèle, Livre II, 14

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07 juillet 2006

SPIRAL JETTY

Robert Smithson


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ROBERT SMITHSON FILMS

http://www.robertsmithson.com/films/films.htm


Robert Smithson par Alice Neel

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1962
Oil on canvas
40 x 24 1/4 inches

   

   

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04 juillet 2006

je cours après mille indulgences

   
   
   

je cours après mille indulgences
ne viendra plus celle que j’attends
cause de ma ruine ma répugnance
n'avoir pas su dire à temps
une promesse qui devait apaiser
la peur m'en a empêché
pauvre pudeur si mal casée
source de ma douleur à expier

   
   

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