Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

19 septembre 2006

Sonnet caudé sur le plafond de la Sixtine



A travailler tordu j’ai attrappé un goitre
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comme l’eau en procure aux chats de lombardie
(à moins que ce ne soit de quelque autre pays)
et j’ai le ventre, à force, collé au menton.

Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque
sur mon dos, j’ai une poitrine de harpie,
et la peinture qui dégouline sans cesse
sur mon visage en fait un riche pavement.

Mes lombes sont allées se fourrer dans ma panse,
faisant par contrepoids de mon cul une croupe
chevaline et je déambule à l’aveuglette.

J’ai par-devant l’écorce qui va s’allongeant
alors que par-derrière elle se ratatine
et je suis recourbé comme un arc de Syrie.

Enfin les jugements que porte mon esprit
me viennent fallacieux et gauchis : quand on use
d’une sarbacane tordue, on tire mal.

Cette charogne de peinture,
défends-là, Giovanni, et défends mon honneur :
suis-je en bonne posture ici et suis-je peintre ?

   


Michel-Ange

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Posté par Gigianni à 22:42 - pas de travers - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Sixtine...

Je crois qu'en fermant les yeux, je pourrais revoir le plafond de Sixtine, je devais avoir quinze ans mais j'ai gardé l'image précieuse de cette découverte merveilleuse, hors-temps, un endroit où l'on pénètre sur la pointe des pieds et l'on aimerait être nu, à jamais au milieu de la chapelle.

Posté par petit taf, 20 septembre 2006 à 08:55

envoûtante Sibylle de Delphes ...
j'ai eu cette chance de pouvoir admirer la Sixtine presque vide
souvenir inégalable qui m'habite en rêve à jamais

Posté par John, 20 septembre 2006 à 09:31

que de lyrisme! c'est beau...

Posté par Olwenn, 20 septembre 2006 à 22:11

étrange destinée d'un homme qui ne se disait pas peintre « ne io pittore », mais sculpteur, élevé chez un tailleur de pierres, et dont les images peintes sur ce plafond, sont universellement connues
poète, il l’était aussi assurément
ses sonnets, quatrains, madrigaux, traduits par Pierre Leyris moins connus que ses œuvres célèbres, sont à découvrir

La vita del mie amor non è ‘l cor moi,
c’amor di quel ch’i t’amo è senza core ;
dov’è cosa mortal, piena d’errore,
esser non può già ma, né pensier rio.

La vie de mon amour n’habite pas mon cœur,
le cœur n’a point de part à l’amour dont je t’aime,
lequel ne souffre près de lui rien de mortel,
rien d’entaché d’erreur ou de pensers pervers.

Il a commencé à écrire à 29 ans et écrivait encore à la fin de sa vie
qui fût très longue

La toss’ e’l freddo il tien sol che non more ;
Se la non esce per l’uscio di sotto
Per bocca il fiatto a pen’ uscir può fore.

Seuls la toux et le froid m’empêchent de mourir
Mon âme est par en bas impuissante à sortir
Quant à ma bouche, à peine exhale-t-elle un souffle.

Posté par John, 21 septembre 2006 à 14:24

Michelangelo scultore

David est immense et parfait, sculpté dans son marbre délaissé et
le prisonnier se meurt au Louvre pour l'éternité.
Impie, je me suis pâmée devant la piéta.
Mais c'est la Sibylle qui m'a transpercée à tout jamais.

Un sculpteur de génie qui a peint le plus grand des chefs-d'œuvre...

Je ne savais pas qu'il écrivait des sonnets,

Merci.

Posté par N1LD@, 26 septembre 2006 à 12:44

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