Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

19 septembre 2006

Sonnet caudé sur le plafond de la Sixtine



A travailler tordu j’ai attrappé un goitre
sonnet_sixtine_nb
comme l’eau en procure aux chats de lombardie
(à moins que ce ne soit de quelque autre pays)
et j’ai le ventre, à force, collé au menton.

Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque
sur mon dos, j’ai une poitrine de harpie,
et la peinture qui dégouline sans cesse
sur mon visage en fait un riche pavement.

Mes lombes sont allées se fourrer dans ma panse,
faisant par contrepoids de mon cul une croupe
chevaline et je déambule à l’aveuglette.

J’ai par-devant l’écorce qui va s’allongeant
alors que par-derrière elle se ratatine
et je suis recourbé comme un arc de Syrie.

Enfin les jugements que porte mon esprit
me viennent fallacieux et gauchis : quand on use
d’une sarbacane tordue, on tire mal.

Cette charogne de peinture,
défends-là, Giovanni, et défends mon honneur :
suis-je en bonne posture ici et suis-je peintre ?

   


Michel-Ange

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15 septembre 2006

réveil

table_chaises

Je sentis d’abord le contact du bois sous mes doigts, puis les relents mêlés de cendre humide, de mauvaise bière et d’eau de javel. Je sentis aussi le vent rabattre mes cheveux sur le visage. J’étais assis sur un parquet, addossé contre la dureté d’un mur de pierres. Et je sentis son parfum, la trace de sa présence, qui me fit ouvir les yeux.
La silhouette se découpait à contre-jour sous une robe qui dansait autour d’elle, portée par la brise. Le coton léger moulait une hanche, dévoilait les genoux, une cuisse.
« Où habitez-vous , Je vous accompagne, si vous voulez, mais je ne peux pas vous porter ! »
Sa voix me fit l’effet d’une douche froide. Claire, pointue, elle me réveilla tout à fait. Que répondre ? J’ignorais où je devais aller et ne comprenais pas pourquoi elle parlait de me porter. Ou de ne pas le faire, plus exactement. Dommage ! A ce moment précis je me serais bien vu en chat, ronronnant à son oreille, perché sur ses épaules, le regard plongé vers sa poitrine. Je me levai. Ou plutôt j’essayai. L’équilibre offert par l’appui dans l’angle du parquet avec le mur m’abandonna, je m’aggrippai à une table. Ses pieds grincèrent en suivant mon mouvement vers l’arrière. Le dos calé, je me mis tout de même assez vite debout, les tympans écorchés, une douleur lancinante sous le front.
« Qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce qu’il m’est arrivé ?
_ Vous êtes ivre, vous avez chuté sur la terrasse en sortant du bar, on vous a appuyé contre la façade. Vous avez déliré les yeux fermés pendant un bon moment. Vous êtes vraiment bavard ! Ça a l’air d’aller mieux, non ? Vous tenez debout !
_ Je ne m’en rappelle pas, je ne bois pas.
_ C’est vrai que vous n’avez pas eu le temps de boire ici, mais vous en teniez une belle couche quand même ! Vous avez dû faire tous les troquets de la ville !
_ Je ne sais pas. »
Je détestai son regard, il fouillait le fond du mien sans pudeur. Je l’avais déjà vue, mais où bordel ? Je voulais rentrer chez moi, prendre une douche, m’affaler sur un plumard, seul, tranquille, voir personne, pas parler. Mais vers où aller, je n’en savais rien. Je pris une direction, au hasard. La terrasse était encombrée de tables et de chaises et le roulis m’obligea à zigzaguer entre elles. La fille m’attrappa le bras. Je l’emportai vers la ruelle de gauche.

ruelle2
   

Posté par Gigianni à 14:54 - baie de l'Enfer - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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