28 décembre 2006
Fanny, avec ton prénom à aimer un marin, pourquoi attachais-tu le tien
Avais-tu peur que l’oiseau ne couche dans un autre lit ? Les liens que tu aurais dû tricoter n’étaient-ils pas sortis de tes doigts ? Crois-tu que ton homme aurait filé boire l’oubli de ton visage et de ta peau dans la couleur des alcools de comptoir ? Il n’aurait jamais pris un bateau en tous cas, les hommes de ma famille ne quittaient pas la pierre ni la terre qu’ils façonnaient à leur façon. Maintenant, peut être qu'ils partiraient, rien n’est plus aussi attachant. On quitte, on laisse plus facilement. D'ailleurs ils ne sont plus là.
Ce talus a-t-il été monté de ses mains, aidé de ses cousins, qui sont aussi les miens, mais on l’est tous, dit-on par ici. Seulement toi, Fanny, tu portes mon nom. Les pierres du talus retenaient les terres qui nourrissaient tes vaches et tes gamins et qui auraient coulées à la mer à la première tempête. C’est toi qui les avaient plantés d’ajoncs, de genêts et de prunelliers, ou lui encore, qui sait, parce que ça pique.
Et pour aller chez toi passais-tu jupes relevées, boutou coat à la main ou faisais-tu la fière à attendre que la marée te laisse un gué. Tu devais relever tes jupes car tu n’aurais pas manqué la messe un dimanche sur deux. Ou bien ton homme te menait-il en barque à grands coups de godille. Je le croirais assez bien, les hommes de chez moi sont bien plus fiers. Trop, sûrement, ça les tuent encore. C'est une route qui vient chez toi aujourd'hui. Avec un semblant de parking et l'électricité.
Cette maison était bien fière aussi, dressée sur le rocher de la Pointe du Palud loin de la Baie de l’Enfer. Enfin, pas si loin, mais on ne la voit plus de chez toi. On surveille la rivière, on scrute l’horizon derrière l’île d’Er. Alors c’était pour ça peut être que ton mari était ficelé au lit de fer. Pour qu’il n’aille pas en Enfer ? Car le curé l’a dit, comme celui d’Ouessant dans le livre de Queffelec. Il ne faut pas attendre la tempête au loin derrière l’île d’Er. Il ne faut pas sortir le soir quand l’orage claque sur le toit de ta maison, Fanny. Tiens ton bonhomme en laisse qu’il n’aille pas courir fortune de mer, ou l’Ankou le mènera en Enfer.
Cette histoire me plairait bien, mais les pagans sont plus à l’ouest, au pays léonard. Nous ici on ne dit rien, les hommes sont des taiseux. On jette les phrases en l’air et tant mieux qui comprendra. On ne dit pas Landreguer. On balance un ‘ndreguer et ça nous fait Tréguier pour les Français. Non, le Trégor, n’est pas la côte au trésor. Il y a juste un Port-la-Chaîne en face et un Port-Béni aussi. Mais ta maison, Fanny, est un coffre aux merveilles. Calder aimait venir respirer son air et surveiller l’île d’Er de la grande verrière mal construite au derrière.
Ton homme s'est pendu, Fanny. L'Enfer, il est pour Qui ?
Commentaires
L'enfer est toujours pour ceux
qui restent...enfin, je crois.
Magnifique texte encore et always
et très belles photos!
Dans l'amour attacher l'autre c'est
lui laisser la porte ouverte, toujours
libre de partir ou de rester, vouloir
l'enchainer et le retenir c'est déjà
le perdre un peu...rien n'est plus fort
que les liens tissés par celui qui comme
un navire errant trouve un jour son Port
d'attache, où il sait que quoiqu'il arrive
il reviendra toujours et que quelqu'un sera
là, les bras grands ouverts et qui attend
le "Don du vent" qui ramène vers la rive
les âmes en dérive.
l'Enfer est beau et attirant, comme cette Baie qui m'habite
merci Stairway, tes mots coulent comme un alcool qui réchauffe, ta voix sonne claire et forcent la lumière
C'est la lumière qui brille en toi
qui se reflète dans mon regard...
L'amour est libre et léger et aérien et infidèle et inconstant et l'emprisonner est en faire autre chose que de l'amour, c'est en faire un enfer !
ce texte est superbes et les photos magnifiques, merci
cat
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