Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

31 décembre 2006

Lascaux en attendant Bilal

imaginez qu'un type talentueux comme Bilal vienne s'amuser sur Second Life
ou d'autres
en attendant, j'ai visité les "Lascaux Caves", une libre interprétation sur thème de grottes ornées de peintures préhistoriques
grâce à la lecture d'un article de Yoald Penokea, photographe de Second Life

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ma prochaine visite sera Acropolis, sur les conseils de Wangxiang Tuxing

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28 décembre 2006

Fanny, avec ton prénom à aimer un marin, pourquoi attachais-tu le tien

 

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Avais-tu peur que l’oiseau ne couche dans un autre lit ? Les liens que tu aurais dû tricoter n’étaient-ils pas sortis de tes doigts ? Crois-tu que ton homme aurait filé boire l’oubli de ton visage et de ta peau dans la couleur des alcools de comptoir ? Il n’aurait jamais pris un bateau en tous cas, les hommes de ma famille ne quittaient pas la pierre ni la terre qu’ils façonnaient à leur façon. Maintenant, peut être qu'ils partiraient, rien n’est plus aussi attachant. On quitte, on laisse plus facilement. D'ailleurs ils ne sont plus là.

 

 

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Ce talus a-t-il été monté de ses mains, aidé de ses cousins, qui sont aussi les miens, mais on l’est tous, dit-on par ici. Seulement toi, Fanny, tu portes mon nom. Les pierres du talus retenaient les terres qui nourrissaient tes vaches et tes gamins et qui auraient coulées à la mer à la première tempête. C’est toi qui les avaient plantés d’ajoncs, de genêts et de prunelliers, ou lui encore, qui sait, parce que ça pique.

 

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Et pour aller chez toi passais-tu jupes relevées, boutou coat à la main ou faisais-tu la fière à attendre que la marée te laisse un gué. Tu devais relever tes jupes car tu n’aurais pas manqué la messe un dimanche sur deux. Ou bien ton homme te menait-il en barque à grands coups de godille. Je le croirais assez bien, les hommes de chez moi sont bien plus fiers. Trop, sûrement, ça les tuent encore. C'est une route qui vient chez toi aujourd'hui. Avec un semblant de parking et l'électricité.

 

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Cette maison était bien fière aussi, dressée sur le rocher de la Pointe du Palud loin de la Baie de l’Enfer. Enfin, pas si loin, mais on ne la voit plus de chez toi. On surveille la rivière, on scrute l’horizon derrière l’île d’Er. Alors c’était pour ça peut être que ton mari était ficelé au lit de fer. Pour qu’il n’aille pas en Enfer ? Car le curé l’a dit, comme celui d’Ouessant dans le livre de Queffelec. Il ne faut pas attendre la tempête au loin derrière l’île d’Er. Il ne faut pas sortir le soir quand l’orage claque sur le toit de ta maison, Fanny. Tiens ton bonhomme en laisse qu’il n’aille pas courir fortune de mer, ou l’Ankou le mènera en Enfer.

 

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Cette histoire me plairait bien, mais les pagans sont plus à l’ouest, au pays léonard. Nous ici on ne dit rien, les hommes sont des taiseux. On jette les phrases en l’air et tant mieux qui comprendra. On ne dit pas Landreguer. On balance un ‘ndreguer et ça nous fait Tréguier pour les Français. Non, le Trégor, n’est pas la côte au trésor. Il y a juste un Port-la-Chaîne en face et un Port-Béni aussi. Mais ta maison, Fanny, est un coffre aux merveilles. Calder aimait venir respirer son air et surveiller l’île d’Er de la grande verrière mal construite au derrière.

 

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Ton homme s'est pendu, Fanny. L'Enfer, il est pour Qui ?

 

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27 décembre 2006

John sifflait cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras

   
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Pourquoi John siffait-il cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras. Il savait que c’était un air de jazz appris par cœur pour épater un ami. Mais le nom de l’ami, le nom du morceau et la raison pour laquelle ce truc s’imposait malgré lui à ses lèvres ne franchissaient pas la barrière de brume qui enfermait sa cervelle malade. Charlie Parker, mais le nom du morceau ? Et pourquoi ce Charlie, il aurait pu siffler un air de Charlie Christian ou Charlie Mingus, plus en rapport avec cette fille ou mieux assortie à cette rue en pente qui les remontaient du port ? Il s’en foutait. Ce devait être un air de Charlie Parker, et celui-là justement parce que il était infredonnable par un sourd au jazz. John détestait le jazz.

Lui revint en mémoire le concert affreux de ce pianiste virtuose qui s’acharna toute une soirée à transporter dans un trip perso le public qui avait payé très cher son entrée. Après des entrées rapides sur des thèmes très connus, il déblatérait de longues, d’épuisantes élucubrations grotesques et personnelles dénuées de sens, compliquées à l’extrème et totalement insupportables pour des oreilles ordinaires. Quand revenait enfin après mille baillements retenus le thème du départ, c’était hélas l’annonce d’un nouveau morceau appelé par de frénétiques applaudissements assurément complaisants. Comment pouvait-il en être autrement ? Ces gens étaient-ils tous fous à lier ? Non. On le lui avait répété assidûment, c’était lui, John qui était sourd, définitivement sourd au jazz.

Seulement John sifflait cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras en remontant la rue qui les éloignaient du port. Alors une scène s’éclaira au fond de l’écran de sa mémoire sombre. Elle l’avait traîné dans une boîte de jazz, un caveau sous la ville excitée pour taper du pied et secouer le menton d’un air entendu. Lui n’entendait pas ces airs, mais il la voulait, elle, et voulait lui plaire. Alors il s’est accoudé au piano avec un Cuba libre à la main et l’a regardée. Elle ne dansait pas, non, comme les autres venus au fond de ce trou. Elle écoutait gravement avec un sourire figé sur les joues et son pied tapait le sol et sa main la cuisse d’un air entendu. John en fut agacé et regarda le pianiste que tout le monde écoutait. C’était un bel homme immense avec cinq phalanges à chaque doigt qui couraient en tous sens sur le clavier. John aima la ferveur de cet homme avec sa sueur sur le front. Il distinguait à peine le mouvement des phalanges tellement elles allaient vite. Il regarda les épaules et lu les heures d’acharnement, il regarda la mèche blanche qui se noyait dans le gris des cheveux, il vit les douleurs aux articulations de ce géant poussé trop vite quand il était môme et mal nourri. Et la musique, cette fois entra dans ses oreilles. Il ne tapa pas du pied, ne secoua pas le menton. Il écouta. Cette fois.

Alors pourquoi John sifflait-il un air de Charlie Parker en remontant la rue du Port une fille au bras. Pour se prouver qu’il aurait pu ne pas être sourd si le jazz était entré au bon moment et par la bonne porte. Peut être. Allez savoir.

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22 décembre 2006

une échappée de fin d'année sur Second Life

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John est Gianni Biziou sur Second Life

 

Je n'ai pas résisté longtemps à la nouvelle destination à la mode pour les voyages,
Nessy m'a convaincu d'aller faire un tour sur Second Life pour prendre un peu de couleur

   
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Gianni Biziou sur la plage du "007 Casino Royale" sur l'île Desire !


Si vous voulez me trouver, sachez que j'ai pris mon petit nom, Gianni, et Biziou comme nom de famille
   

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08 décembre 2006

Le moins qu’on pouvait demander à une sculpture, c’est de ne pas bouger

Mai 1956

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La critique est une chose sublime. Elle est digne seulement des génies. Le seul homme qui pouvait écrire un pamphlet sur la critique, c’était moi, parce que je suis l’inventeur de la méthode paranoïa-critique. Et je l’ai fait. Mais là encore, comme pour ce journal, comme pour ma Vie secrète, je n’ai pas tout dit, et j’ai pris soin de garder en réserve des pommes pourries grenades explosives et si, par exemple, on me demande quel est l’être le plus médiocre qui ait jamais exosté, je dirais Christian Zervos. Si on me dit que les couleurs de Matisse sont complémentaires, je répondrais qu’en effet elles ne cessent pas de se faire autre chose que des compliments. Et puis je répéterais encore qu’il serait peut être bien de faire un peu attention à la peinture abstraite. A force de devenir abstraite, sa valeur monétaire aussi deviendra très prochainement abstraite. Il y a une gradation dans le malheur de la peinture non figurative : il y a l’art abstrait qui a l’air si triste ; puis ce qui est plus triste encore c’est un peintre abstrait ; la tristesse s’aggrave de malheur quand on se trouve en face d’un amateur de peinture abstraite ; mais il y a pire encore et plus sinistre : être critique et expert de peinture abstraite. Parfois, il arrive une chose ahurissante : toute la critique est unanime pour affirmer que quelque chose est très bon ou très mauvais. Alors, on peut être sûr que tout cela est faux ! Il faut être le dernier des plus secs crétns pour affirmer que si les cheveux blanchissent, il est bien normal que les papiers collés jaunissent, eux.

J’ai intitulé mon pamphlet : Les cocus du vieil art moderne mais je n’y ai pas dit que les cocus les moins magnifiques de tous sont les dadaïstes. Vieillis, les cheveux blancs, mais toujours d’un anti-conformisme extrême, ils aiment à la folie recevoir d’une biennale quelconque une médaille d’or, pour une œuvre fabriquée avec la plus grande volonté de déplaire à tout le monde. Il y a tout de même des cocus moins magnifiques si possible que ces vieillards, ce sont les cocus qui donnèrent le prix de sculpture à Calder. Ce dernier n’a même pas été dadaïste, mais tous l’ont cru, et personne n’a pensé à lui dire que le moins qu’on pouvait demander à une sculpture, c’est de ne pas bouger !

Salvador Dali
Journal d’un génie

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balade dans les signes du temps

mystères gravés

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force des mers oubliées   
   
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pleure pas
pleurepas
   

 

petite tête
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sourit !
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t'as un gros nez
grosnez
   
   
biscornu et joufflu rigolard
   
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une tête de poisson
poisson
    

chevelue
chevelu

 

Winnie l'ourson
winnie
   
   
   

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putain de livre

La médecine fait des miracles. Tenez ces petites pilules, blanches et rouges, ça va vous soulager. Il faut les prendre dès les débuts de la douleur, sinon … Sinon, quoi, ça s’inscrit dans un coin du cerveau en mémoire et ça refuse de s’effacer ? Oui, quelque chose comme ça. Je les prends ses pilules au toubib. Au moins je ferais plaisir à quelqu’un. J’y crois pas, moi, à ses miracles. Ni à rien d’ailleurs. J’aurais pas dû sortir ce livre de l’étagère. Il était bien, là, couvert de poussière. Maintenant je la respire cette poussière et elle me brûle les yeux. Je l’avais oublié celui-là. Il n’a pas deux pages qui tiennent ensemble. Bien fait pour lui. Je retrouve les mots qu’il m’a infligés en intraveineuse à mon insu. Non, je le savais. Et pas que moi. Les autres l’ont lu également, fallait bien chercher à comprendre pourquoi il ne me quittait pas. Il est même tombé dans la baignoire une fois. C’est vrai, une fois, cette fois on a pris le bain ensemble. Bien fait pour lui. Salope de putain de livre. Maintenant, va comprendre pourquoi j’ai un peu de lui en moi. Presque rien, le plus mauvais assurément, le crétin ne peut que singer le maître, de loin. J’ai mal, bordel, tous ces trucs qui ressortent en vrac et me parlent du temps. Pas celui qu’il fait, celui qui ronge. Et puis je l’ai oublié ce putain de livre, coincé sur l’étagère, les malles défaites pour la dernière fois qu’il paraît. S’il savait qui sont ses voisins, ah, ça me fait bien marrer ! Pourquoi je l’ai ressorti, bordel. A cause d’une feuille tombée, va savoir si c’était pas exprès. Pour me ressouvenir quand je crois plus à rien. Faut que ça écorche encore les trucs qui font que du mal. Pour qu’on croit qu’on est pas mort quand on sent la douleur. Mais moi je crois plus à rien. M’en fout d’être égoïste avec ce mal de crâne qui ne lâche pas. M’en fout de mal le dire. J’ai pas les mots qu’il faut. Juste quelques lignes qui m’ont gâché le sang il y a très longtemps.

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04 décembre 2006

alors danse

   
   

alors danse, dansons
si tel est ton désir
j’y prendrais mon plaisir
viens je t’attrappe fuyons
sur la piste tourne moi tourne toi
et secouons les étoiles
demain il en pleuvra sur nous
je te prends par un bras accroche mon épaule
lisse ta peau sur la mienne inspire mon haleine
que nos sueurs se mêlent
que se choquent nos fronts
je retiens ton souffle et insuffle à ta peine
la langueur de mes maux
retiens les tiens et vas-tu te taire
enfin
et mes pieds sur tes pieds je t’atteins je t’enterre
que je prenne la nuque que je te serre le cou
ta bouche sur la mienne enroule encore mes mots
tu sais si bien le faire
entends mon cœur il ne bat pas plus vite
et ton cœur va comment sous sa belle carapace
je t’offre mes gouffres d’amertume
allons dansons funambule
agrippe ma main je t’enlace
tu plonges et bois l’écume
écorche mes doigts je t’embrasse
écoute la vie elle nous oublie déjà
ondule si tu veux
moi je suis le tempo de tes rires cruels
je ne sors plus les crocs
que pour rire aux éclats
puisqu’un miroir tu crois avoir croisé par là
alors danse avec moi
tourne ton masque et regarde en bas
sous la roche
en enfer
je t’emporte à mon bras
tu sauras bien pourquoi

   

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03 décembre 2006

loup soulevé

   
   

empressé d'être pris, le loup
à peine un moment soulevé
fixe un des songes sur la toile
une impression en arc-en-ciel
par deux mots qui accrochent ses voiles
entre flancs, piment rouge et miel
son langage doublement dévoilé
d'une image ébauchée, le fou
nait rire, orgueil et vanité

   

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