15 mai 2008

par une nuit d'orage

John redescendit d'un pas léger que Nessy n'entendit pas approcher. Il posa une couverture sur le dossier d'un divan. Puis il s'approcha d'elle, souleva délicatement sa robe trempée et l'enleva sans plus de manière. Il lui défit les sandales et retira également ses sous-vêtements puis l'enveloppa dans la couverture en ayant soin de soulever sa lourde chevelure par-dessus le tissu de laine. Il s'éclipsa de nouveau.

L'orage faisait battre un volet sur la terrasse, la maison gémissait sous les assauts du vent. L'ombre bataillait contre la lumière et le jour qui pénétrait dans la salle, naviguait sur les murs, emporté en vagues par le courant des éclairs et du volet battant. Nessy repoussa les lourds rideaux qui obturaient deux autres grandes fenêtres, côté rue. La pluie fouetta les carreaux, Nessy éternua et resserra la couverture sur ses épaules.

Les yeux de la jeune femme déchiffraient le décor de la pièce. Une imposante cheminée ornée de stucs baroques occupait le mur à sa droite. Deux grandes armoires aux portes vitrées s'appuyaient à celui de gauche et encadraient une large ouverture sur une petite pièce où John avait disparu. Deux divans, quelques fauteuils et une table basse meublaient le centre de la salle. Un secrétaire en bois précieux et des consoles, guéridons et vitrines achevait d'investir l'espace le long des murs. Pas un tableau ne donnait d'indication sur les anciens habitants des lieux. Des marines, des paysages romantiques, des perspectives de villes, quelques natures mortes, mais aucun portrait.

John apparut sur la terrasse, il poussa le volet du pied et le bloqua d'une main car l'autre bras était chargé de bois. Il provoqua un courant d'air en entrant qui fit claquer une porte quelque part. Il s'ébroua tel un gros chien et déposa ses bûches dans la cheminée. Nessy admira la dextérité de l'homme à allumer le feu. Des grandes flammes jaillirent rapidement entre ses doigts. Il vint vers Nessy, prit la couverture et l'étendit à terre. Il plongea le regard dans l'abîme vert des yeux de la vouivre. Il posa la main sur sa hanche et l'attira contre lui. Elle répondit à son désir.

Comme de vieux amants qui se retrouvent après une longue absence, comme un soldat, comme une femme de marin, comme si chacun reconnaissait l'autre, comme si chaque geste de l'un appelait une caresse attendue, l'inconnue et l'égaré s'aimèrent par une nuit d'orage dans la maison abandonnée.

 

Posté par Gigianni à 23:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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