Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

15 mai 2008

Les sandales rouges

   
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Les sandales rouges aux pieds dorés claquent sur le pavé gris de la ville.

Où va le temps quand il passe ?

   

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09 décembre 2007

Er

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30 août 2007

Une histoire de deux familles sur deux rivières

L’histoire de la famille Ar Gall s’écrit sur trois des quatres berges de deux rivières. L’une des rivières, le Jaudy qui baigne le port de Landreger, est grise et bleue et l’autre rivière, le Trieux est verte et parfois grise. En réalité ces rivières sont de véritables fleuves, naissant sur les monts et se jetant en mer après avoir été rejoints par maints affluents. Mais en Bretagne, les fleuves sont étroits et courts, seuls leurs estuaires, les abers comme on dit par ici, ou les « rias » quand on se veut lettré, sont larges et profonds. Enfin, surtout à marée haute. A marée basse, ce ne sont que des filets d’eau courant au milieu d’immenses vasières. Alors on appelle ces fleuves « rivières ». Par modestie peut être.
Les deux fleuves, appelés « rivières » ont formé entre eux avec les siècles et les Courants une jetée formée de galets qui s’allonge de plusieurs kilomètres en pleine mer, au bout de la Presqu’île Sauvage. Certains racontent une fable amusante à ce sujet pour amuser les touristes. La fée Morgane, qui règne sur l’Île d’Avallon aurait lancé ces galets à la mer pour rejoindre son époux et frère Arthur qui passait sur le rivage. Mais chacun sait que Morgane n’a pas besoin d’un gué pour rejoindre la terre, il lui suffit de le vouloir. Et de toute façon Avallon est un peu plus à l’ouest. Ce sont bien entendu les Tud Vor, appelés aussi Courants ou Morriganed, d’où la confusion avec la fée Morgane, autrement dit les Korrigans des mers qui ont poussé et roulé avec toute la détermination et l’obstination qu’on leur connaît, ces galets un par un pendant des millénaires, à l’échelle du temps humain, pour former ce sillon dans la mer, le Sillon de Talber.
Les Ar Gall étaient forts et puissants comme l’indique leur nom. Ou plutôt, ils avaient ce besoin de le faire croire à quiconque aurait pu s’imaginer égal à l’un d’entre eux. Bien moins nombreux aujourd’hui et dispersés sur la Bretagne et plus loin sans doute, ils n’ont pas changé. Dès lors qu’on a croisé le regard d’un Ar Gall, il ne vient plus à l’esprit de personne de les contrarier à ce sujet. Ils sont forts, intelligents, libres et différents. C’est ainsi qu’ils se voient et qu’ils veulent qu’on les regarde. Des gens d’un autre monde. D’ailleurs ils habitaient l’Enfer autrefois. Leur histoire se mêle à la terre et aux pierres des trois rives. Maçons et paysans, ils ont façonné à leur idée plusieurs hectares et quelques murs alentours.
Mais la vase noire de la Baie de l’Enfer doit bien cacher d’autres mystères. Elle est ancrée sur la rive ouest du Jaudy. En face un petit hâvre s’appelle Port Béni et un autre situé un peu plus loin sur la presqu’île est nommé Port-La-Chaine. Jolis noms en vérité ! Le premier de ces deux ports a-t-il gagné son nom, comme le raconte Monsieur le curé, en recevant les premiers pas de saint Maudez, le moine irlandais qui a tenté d’évangéliser les indigènes ? Le saint homme s’est peu après sagement réfugié sur une île voisine à l’embouchure du Trieux qui, elle, porte bien son nom. Si vous passez par là, je vous souhaite sincèrement de venir au Port Béni par la terre à moins d’être né sur ces rivages et d’avoir navigué dans ces eaux depuis votre plus jeune âge. Ce très beau paysage à marée haute découvre, quand la mer descend, la plus belle collection de brise-coques jamais vue, sauf dans le Ferlaz peut-être. Port Béni a-t-il plus exactement gagné son nom en offrant aux habitants de la petite ville, le plou bihan ou Pleubian comme on l’appelle, l’assurance de revenus offerts régulièrement par la mer charitable en tempêtes généreuses ? Certainement. Quant au deuxième, Port-La-Chaîne, aucune chaîne en fer ni dans aucun autre métal, ne l’aura baptisé, comme chacun s’en doute à présent. Ni amarre, ni bijou, cette chaîne-là est celle que bâtissent les bras d’une communauté pour rapporter le butin dans les chaumières, évidemment !
Contournons, si le vent le veut bien, si les courants l’acceptent et si nous les suivons, le Sillon de Talber. Laissons là l’Île Maudez et l’Archipel de Bréhat, intéressants, certes, mais pas dans l’immédiat. Pénétrons le Trieux, contournons l’Île à Bois. Une petite baie est si plaisante qu’on l’a nommée la Baie du Paradis. Elle est située sur la rive ouest  du Trieux, tout près d’une autre baie qui cache les ruines d’un moulin à marée, le moulin de Coat Mer. C’est là qu’est décédé le dernier propriétaire du moulin, un homme de la famille Bourgès qui compte de nombreux artisans de la Presqu’île Sauvage. Des maçons également, comme les Ar Gall et ils possédaient des fermes et des terres aussi sur la presqu’île entre les deux rivières. Pas étonnant qu’un Ar Gall ait fini par épouser une Bourgès, ça devait arriver à s’occuper ainsi de la terre et des pierres du même pays, c’est même peut-être arrivé plusieurs fois. A moins que ce soit une Ar Gall qui ait épousé un Bourgès, allez savoir ?
Toujours est-il que ces deux familles ayant fréquenté depuis toujours les abers des deux rivières qui abritent les Tud Vor, un grand nombre de leurs enfants furent bercés par les mères korriganes aux chants mélancoliques. Ce qui explique que nombre d’entre eux n’a jamais pu se résoudre à quitter ces rivages enchanteurs et se persuade encore aujourd’hui, alors que chacun peut courir le Monde à sa guise, qu’ils sont les plus beaux du Monde connu, et de l’Autre aussi peut-être.

   
Kerliz3mer

   

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14 février 2007

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passe et revient le voile blanc d'écume sur la peau de sable rouge d'Etel

loin vers l'ouest volent mes rêves oubliés

 

 

 

 

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02 janvier 2007

série marine (suite)

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j'exagère
les huîtres dégustées à même le rocher
réveillent mon instinct carnassier
de vieux loup
de mer

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01 janvier 2007

série marine

 

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28 décembre 2006

Fanny, avec ton prénom à aimer un marin, pourquoi attachais-tu le tien

 

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Avais-tu peur que l’oiseau ne couche dans un autre lit ? Les liens que tu aurais dû tricoter n’étaient-ils pas sortis de tes doigts ? Crois-tu que ton homme aurait filé boire l’oubli de ton visage et de ta peau dans la couleur des alcools de comptoir ? Il n’aurait jamais pris un bateau en tous cas, les hommes de ma famille ne quittaient pas la pierre ni la terre qu’ils façonnaient à leur façon. Maintenant, peut être qu'ils partiraient, rien n’est plus aussi attachant. On quitte, on laisse plus facilement. D'ailleurs ils ne sont plus là.

 

 

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Ce talus a-t-il été monté de ses mains, aidé de ses cousins, qui sont aussi les miens, mais on l’est tous, dit-on par ici. Seulement toi, Fanny, tu portes mon nom. Les pierres du talus retenaient les terres qui nourrissaient tes vaches et tes gamins et qui auraient coulées à la mer à la première tempête. C’est toi qui les avaient plantés d’ajoncs, de genêts et de prunelliers, ou lui encore, qui sait, parce que ça pique.

 

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Et pour aller chez toi passais-tu jupes relevées, boutou coat à la main ou faisais-tu la fière à attendre que la marée te laisse un gué. Tu devais relever tes jupes car tu n’aurais pas manqué la messe un dimanche sur deux. Ou bien ton homme te menait-il en barque à grands coups de godille. Je le croirais assez bien, les hommes de chez moi sont bien plus fiers. Trop, sûrement, ça les tuent encore. C'est une route qui vient chez toi aujourd'hui. Avec un semblant de parking et l'électricité.

 

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Cette maison était bien fière aussi, dressée sur le rocher de la Pointe du Palud loin de la Baie de l’Enfer. Enfin, pas si loin, mais on ne la voit plus de chez toi. On surveille la rivière, on scrute l’horizon derrière l’île d’Er. Alors c’était pour ça peut être que ton mari était ficelé au lit de fer. Pour qu’il n’aille pas en Enfer ? Car le curé l’a dit, comme celui d’Ouessant dans le livre de Queffelec. Il ne faut pas attendre la tempête au loin derrière l’île d’Er. Il ne faut pas sortir le soir quand l’orage claque sur le toit de ta maison, Fanny. Tiens ton bonhomme en laisse qu’il n’aille pas courir fortune de mer, ou l’Ankou le mènera en Enfer.

 

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Cette histoire me plairait bien, mais les pagans sont plus à l’ouest, au pays léonard. Nous ici on ne dit rien, les hommes sont des taiseux. On jette les phrases en l’air et tant mieux qui comprendra. On ne dit pas Landreguer. On balance un ‘ndreguer et ça nous fait Tréguier pour les Français. Non, le Trégor, n’est pas la côte au trésor. Il y a juste un Port-la-Chaîne en face et un Port-Béni aussi. Mais ta maison, Fanny, est un coffre aux merveilles. Calder aimait venir respirer son air et surveiller l’île d’Er de la grande verrière mal construite au derrière.

 

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Ton homme s'est pendu, Fanny. L'Enfer, il est pour Qui ?

 

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08 décembre 2006

balade dans les signes du temps

mystères gravés

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force des mers oubliées   
   
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pleure pas
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petite tête
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sourit !
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t'as un gros nez
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biscornu et joufflu rigolard
   
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une tête de poisson
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chevelue
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Winnie l'ourson
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putain de livre

La médecine fait des miracles. Tenez ces petites pilules, blanches et rouges, ça va vous soulager. Il faut les prendre dès les débuts de la douleur, sinon … Sinon, quoi, ça s’inscrit dans un coin du cerveau en mémoire et ça refuse de s’effacer ? Oui, quelque chose comme ça. Je les prends ses pilules au toubib. Au moins je ferais plaisir à quelqu’un. J’y crois pas, moi, à ses miracles. Ni à rien d’ailleurs. J’aurais pas dû sortir ce livre de l’étagère. Il était bien, là, couvert de poussière. Maintenant je la respire cette poussière et elle me brûle les yeux. Je l’avais oublié celui-là. Il n’a pas deux pages qui tiennent ensemble. Bien fait pour lui. Je retrouve les mots qu’il m’a infligés en intraveineuse à mon insu. Non, je le savais. Et pas que moi. Les autres l’ont lu également, fallait bien chercher à comprendre pourquoi il ne me quittait pas. Il est même tombé dans la baignoire une fois. C’est vrai, une fois, cette fois on a pris le bain ensemble. Bien fait pour lui. Salope de putain de livre. Maintenant, va comprendre pourquoi j’ai un peu de lui en moi. Presque rien, le plus mauvais assurément, le crétin ne peut que singer le maître, de loin. J’ai mal, bordel, tous ces trucs qui ressortent en vrac et me parlent du temps. Pas celui qu’il fait, celui qui ronge. Et puis je l’ai oublié ce putain de livre, coincé sur l’étagère, les malles défaites pour la dernière fois qu’il paraît. S’il savait qui sont ses voisins, ah, ça me fait bien marrer ! Pourquoi je l’ai ressorti, bordel. A cause d’une feuille tombée, va savoir si c’était pas exprès. Pour me ressouvenir quand je crois plus à rien. Faut que ça écorche encore les trucs qui font que du mal. Pour qu’on croit qu’on est pas mort quand on sent la douleur. Mais moi je crois plus à rien. M’en fout d’être égoïste avec ce mal de crâne qui ne lâche pas. M’en fout de mal le dire. J’ai pas les mots qu’il faut. Juste quelques lignes qui m’ont gâché le sang il y a très longtemps.

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04 décembre 2006

alors danse

   
   

alors danse, dansons
si tel est ton désir
j’y prendrais mon plaisir
viens je t’attrappe fuyons
sur la piste tourne moi tourne toi
et secouons les étoiles
demain il en pleuvra sur nous
je te prends par un bras accroche mon épaule
lisse ta peau sur la mienne inspire mon haleine
que nos sueurs se mêlent
que se choquent nos fronts
je retiens ton souffle et insuffle à ta peine
la langueur de mes maux
retiens les tiens et vas-tu te taire
enfin
et mes pieds sur tes pieds je t’atteins je t’enterre
que je prenne la nuque que je te serre le cou
ta bouche sur la mienne enroule encore mes mots
tu sais si bien le faire
entends mon cœur il ne bat pas plus vite
et ton cœur va comment sous sa belle carapace
je t’offre mes gouffres d’amertume
allons dansons funambule
agrippe ma main je t’enlace
tu plonges et bois l’écume
écorche mes doigts je t’embrasse
écoute la vie elle nous oublie déjà
ondule si tu veux
moi je suis le tempo de tes rires cruels
je ne sors plus les crocs
que pour rire aux éclats
puisqu’un miroir tu crois avoir croisé par là
alors danse avec moi
tourne ton masque et regarde en bas
sous la roche
en enfer
je t’emporte à mon bras
tu sauras bien pourquoi

   

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