Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

21 mars 2006

Contemplant tout, visage, aurore, pierre

 
   

scenedevie

 
   

L'idée d'un chimérique renoncement aux livres : naïveté de ce rêve qui vient à ceux qui veillent trop tard, trop longtemps, sur trop de livres. Non. L'issue, s'il y en a une, serait dans une généralisation de la maladie : mobilisant pour chaque seconde de chaque jour ce désespoir d'abord circonscrit à la seule chambre de lecture, d'abord actif dans le seul temps de lire. Contemplant tout, visage, aurore, pierre, comme autant de livres proposés.
 

Christian Bobin: "Souveraineté du vide" suivi de "Lettres d'or"

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20 mars 2006

La substance des êtres est comme un fleuve

   

pasdansneige

   

   
Réfléchis souvent à la rapidité avec laquelle est emporté et passe tout ce qui existe et tout ce qui naît. La substance des êtres est comme un fleuve qui coule sans cesse ; un changement continu est la loi de toute activité ; tout principe efficient est sujet à mille variations. Presque rien n’est stable, et tout proche est le gouffre béant de l’infini du passé et de l’avenir, où tout s’évanouit. N’est-il donc pas un fou, celui qui au milieu de tout cela, s’enfle ou s’agite, ou se tourmente, en comptant pour quelque chose la cause de son trouble, le moment où il a été conçu et le temps qu’il peut durer ?

   

Marc Aurèle

   

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16 mars 2006

Je ne chercherais plus rien à faire

   
 

abruti
   
   

Je ne chercherais plus rien à faire, s'il m'était dit, s'il m'était prouvé, que j'ai tout le temps pour le faire.

   

André Gide, Les Nourritures terrestres
   

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15 mars 2006

Etre aimé c’est l’enfer

   

jambes

   

Aimer n’est rien. Etre aimé c’est l’enfer. A tel point qu’on donnerait le ciel, dans la solitude, pour être aimé.

   

Georges Perros, Papiers collés

   

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14 mars 2006

Fais-toi Norme du monde

   

miroirgele

   

Connais en toi le blanc
Adhère au noir
Fais-toi Norme du monde
Être Norme du monde
C'est cheminer avec la Vertu immuable
C'est retourner au Sans-limites.


Lao Zi, tao te king, 28


 

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10 mars 2006

Brûlons les divans de l'esthétik



divans



Du moment que nous nous efforçons de vivre sincèrement, tout sera pour le mieux, même si nous devons avoir inévitablement des peines sincères et de véritables désillusions ; nous commettrons probablement aussi de lourdes fautes et accomplirons de mauvaises actions, mais il est vrai qu’il vaut mieux d’avoir l’esprit ardent, même si l’on doit commettre plus de fautes, que d’être mesquin et trop prudent. Il est bon d’aimer autant que l’on peut, car c’est là que gît la vraie force, et celui qui aime beaucoup accomplit de grandes choses et en est capable, et ce qui se fait par amour est bien fait.


Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo


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07 mars 2006

A une passante

 

passante1

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?
Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!


Baudelaire, Les fleurs du mal

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06 mars 2006

Tout homme est un livre

 

 

 

regard

 

 

Je vais volontiers seul. Je médite ou j’écoute.
Pourtant, si quelqu’un veut m’accompagner en route,
J’accepte. Chacun a quelque chose en l’esprit ;
Et tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit.
Chaque fois qu’en mes mains un de ces livres tombe,
Volume où vit une âme et que scelle la tombe,
J’y lis.

 

Victor Hugo, Les contemplations

 

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04 mars 2006

Chemin


eau



Auprès d’une eau trouvée
Dans un ruisseau de mai,

La douceur était là,
Qui manquerait.



Guillevic, Sphère

   

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27 février 2006

Aimer quelqu'un, c'est le lire

   

visageoubli_1

   
   

Aimer quelqu'un, c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l'autre, et en lisant le délivrer. C'est déplier son coeur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère.

   

Christian Bobin, La lumière du monde

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