Baie de l'Enfer

Né d’un soir de solitude et d’une canette de bière, réveillé amnésique sur un port avec la gueule de bois. Truc classique de celui qui joue un personnage, il met un peu de lui, un soupçon de rêves, une cuiller d’imagination et sa schizophrénie ordinaire.

12 juillet 2006

Nul ne peut perdre ni le passé ni l’avenir

   

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Quand même tu devrais vivre trois fois mille ans, et autant de fois dix mille, rappelle toi cependant ceci : que personne ne perd d’autre existence que celle qu’il est en train de vivre et qu’il n’en vit pas d’autre que celle qu’il perd. L’existence la plus longue et l’existence la plus courte en reviennent au même. Le présent est égal pour tous, égal aussi le moment qui passe et par suite ce que nous perdons apparaît ainsi comme instantané. Nul ne peut, en effet, perdre ni le passé ni l’avenir ; car comment pourrait-on perdre ce qu’on ne possède pas ?

   

Marc Aurèle, Livre II, 14

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07 juillet 2006

SPIRAL JETTY

Robert Smithson


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ROBERT SMITHSON FILMS

http://www.robertsmithson.com/films/films.htm


Robert Smithson par Alice Neel

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1962
Oil on canvas
40 x 24 1/4 inches

   

   

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29 juin 2006

Alors, je te connais

   
   

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Alors, je te connais

Car je suis de ceux des marécages.
Des vases de l'estran au fond des abers
mon peuple depuis longtemps
cherche les mots qui tordent le coeur des hommes.

Car je suis de ceux des landes.
Du dessous des pierres au maquis des bruyères
mon peuple depuis longtemps
cherche les mots qui font danser le désir des hommes.

Car je suis de ceux des bois.
Du creux de l’arbre mort à la clairière des chênes
mon peuple depuis longtemps
cherche les mots qui endorment le temps des hommes

   

©Texte Yann Le Rousic
CARGO

 

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28 juin 2006

Parfums de quais

   
   
   

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Dans cette ruelle fétide derrière la taverne aux puanteurs iodées
Au milieu des senteurs de pluie de sperme et de mauvais bourbon
Je goûte sur ton cou salé l’âcre de la rouille et du fioul frelaté
Tes lourdes phéromones ont submergé mes alcools de sueurs
Las, je m’écroule le nez hémoglobine dans le pisseux fumé du caniveau




Texte et illustration:Yann Le Rousic
CARGO
   
   

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27 juin 2006

À l'encre

À l'encre

Je marche sur les quais de Brest la désolée
Le Port de commerce luit des larmes d’un crachin pathétique
Les pavés se rêvent vainement des mots de Mac Orlan
Sombre Cargo cassé, trépassé, quelle bombe est passée là ?
Sous les gravats de quel porche est ensevelie Barbara ?
C’était quand déjà ?
Dans quel trou dans l’eau a sombré Fanny ?
C’était ou déjà ?
Bon dieu qu’elles sont jolies les âmes des dames qui arpentent la pluie
Celles que pensent mes mots
Celle qui pansent mes maux
Pour une pièce en or … et quand ils ont bien bu
Une putain et du Rhum
Putain du Rhum
il me faut du Rhum … et des femmes
Trouver la taverne
Trouver la taverne et tout mettre en berne
Trouver le verre, le Grall qui emprisonne mon ancre de miséricorde
Trouver le plus crade des rades de la rade
et calfater mon âme à coup d’addictions de bourbon et de largesses de Guinness
Se caler sur le zinc cradingue et partir
Partir en piste et boire avec les ombres qui sombrent dans ma mémoire
Partir en bordée avec Jean-marie, Jack, Pierre, John, Paol, Xavier, Corto, et les autres
Partir pour une nuit, pour une vie jusqu’au plomb du petit matin
et gerber à l’aube toute cette daube qui me laisse encore à l’encre


©Texte Yann Le Rousic
CARGO

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23 juin 2006

je sens que le temps coule

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“Où nous emportes-tu ? Ce navire sombrera avec le fruit de nos efforts. Dehors je sens que le temps coule en vain. Je sens le temps qui coule. Il ne doit point couler ainsi, sensible, mais durcir et mûrir et vieillir. Il doit ramasser peu à peu l’ouvrage. Mais que durcit-il, désormais, qui vienne de nous et qui restera ?”
Car le chagrin est toujours fait du temps qui coule et n’a point formé son fruit. Il est chagrin de la fuite des jours, du bracelet perdu lequel est du temps qui s’égare, ou de la mort du frère laquelle est du temps qui ne sert plus.

Saint-Exupéry,  Citadelle
   
   

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12 juin 2006

Fantôme d'amour

Je me composai donc une femme de toutes les femmes que j'avais vues : elle avait la taille, les cheveux et le sourire de l'étrangère qui m'avait pressé contre son sein ; je lui donnai les yeux de telle jeune fille du village, la fraîcheur de telle autre. Les portraits des grandes dames du temps de François Ier, de Henri IV et de Louis XIV, dont le salon était orné, m'avaient fourni d'autres traits, et j'avais dérobé des grâces jusqu'aux tableaux des Vierges suspendues dans les églises.

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Cette charmeresse me suivait partout invisible ; je m'entretenais avec elle, comme avec un être réel ; elle variait au gré de ma folie : Aphrodite sans voile, Diane vêtue d'azur et de rosée, Thalie au masque riant, Hébé à la coupe de la jeunesse, souvent elle devenait une fée qui me soumettait la nature. Sans cesse, je retouchais ma toile ; j'enlevais un appas à ma beauté pour le remplacer par un autre. Je changeais aussi ses parures ; j'en empruntais à tous les pays, à tous les siècles, à tous les arts, à toutes les religions. Puis, quand j'avais fait un chef-d'oeuvre, j'éparpillais de nouveau mes dessins et mes couleurs ; ma femme unique se transformait en une multitude de femmes, dans lesquelles j'idolâtrais séparément les charmes que j'avais adorés réunis.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe
 

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02 mai 2006

dévoré d'un feu sans cause

Dix heures du soir.

L'orage recommence ; les éclairs s'entortillent aux rochers ; les échos grossissent et prolongent le bruit de la foudre ; les mugissements de la Schächenel et de la Reuss accueillent le barde de l'Armorique. Depuis longtemps je ne m'étais trouvé seul et libre ; rien dans la chambre où je suis enfermé : deux couches pour un voyageur qui veille et qui n'a ni amours à bercer, ni songes à faire. Ces montagnes, cet orage, cette nuit sont des trésors perdus pour moi. Que de vie, cependant, je sens au fond de mon âme ! Jamais, quand le sang le plus ardent coulait de mon coeur dans mes veines, je n'ai parlé le langage des passions avec autant d'énergie que je le pourrais faire en ce moment. Il me semble que je vois sortir des flancs du Saint-Gothard ma sylphide des bois de Combourg. Me viens-tu retrouver, charmant fantôme de ma jeunesse ? as-tu pitié de moi ? Tu le vois, je ne suis changé que de visage ; toujours chimérique, dévoré d'un feu sans cause et sans aliment. Je sors du monde, et j'y entrais quand je te créai dans un moment d'extase et de délire. Voici l'heure où je t'invoquais dans ma tour. Je puis encore ouvrir ma fenêtre pour te laisser entrer. Si tu n'es pas contente des grâces que je t'avais prodiguées, je te ferai cent fois plus séduisante ; ma palette n'est pas épuisée ; j'ai vu plus de beautés et je sais mieux peindre. Viens t'asseoir sur mes genoux, n'aie pas peur de mes cheveux, caresse-les de tes doigts de fée ou d'ambre ; qu'ils rebrunissent sous tes baisers. Cette tête, que ces cheveux qui tombent n'assagissent point, est tout aussi folle qu'elle l'était lorsque je te donnai l'être, fille aînée de mes illusions, doux fruit de mes mystérieuses amours avec ma première solitude ! Viens, nous monterons encore ensemble sur nos nuages ; nous irons avec la foudre sillonner, illuminer, embraser les précipices où je passerai demain. Viens ! emporte-moi comme autrefois, mais ne me rapporte plus.

On frappe à ma porte : ce n'est pas toi ! c'est le guide ! Les chevaux sont arrivés, il faut partir. De ce songe il ne reste que la pluie, le vent et moi, songe sans fin, éternel orage.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe

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13 avril 2006

Et en rentrant seul chez lui

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Et en rentrant seul chez lui, à cette heure où les conseils de la Sagesse ne sont plus étouffés par les bourdonnements de la vie extérieure, il se dit: "J'ai eu aujourd'hui, en rêve, trois domiciles où j'ai trouvé un égal plaisir. Pourquoi contraindre mon corps à changer de place, puisque mon âme voyage si lestement? Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante?"

Baudelaire, Petits poèmes en prose
 

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11 avril 2006

in graffito veritas

Toutes les réalités ont la même structure mais elles ont des grandeurs et qualités différentes.
   

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Une forme du cerveau humain paraît confirmée par la recherche : l’hémisphère droit, centre de l’imagination, de la création et de la synthèse ; l’hémisphère gauche, centre du langage, la réflexion et de l’analyse.
Pour la créativité, un processus conscient et continu d’actes synthétiques et analytiques est nécessaire.

Justino Serralta, « L’unitor »
   

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