09 décembre 2007
Er
30 août 2007
Une histoire de deux familles sur deux rivières
L’histoire de la famille Ar Gall s’écrit sur trois des quatres berges de deux rivières. L’une des rivières, le Jaudy qui baigne le port de Landreger, est grise et bleue et l’autre rivière, le Trieux est verte et parfois grise. En réalité ces rivières sont de véritables fleuves, naissant sur les monts et se jetant en mer après avoir été rejoints par maints affluents. Mais en Bretagne, les fleuves sont étroits et courts, seuls leurs estuaires, les abers comme on dit par ici, ou les « rias » quand on se veut lettré, sont larges et profonds. Enfin, surtout à marée haute. A marée basse, ce ne sont que des filets d’eau courant au milieu d’immenses vasières. Alors on appelle ces fleuves « rivières ». Par modestie peut être.
Les deux fleuves, appelés « rivières » ont formé entre eux avec les siècles et les Courants une jetée formée de galets qui s’allonge de plusieurs kilomètres en pleine mer, au bout de la Presqu’île Sauvage. Certains racontent une fable amusante à ce sujet pour amuser les touristes. La fée Morgane, qui règne sur l’Île d’Avallon aurait lancé ces galets à la mer pour rejoindre son époux et frère Arthur qui passait sur le rivage. Mais chacun sait que Morgane n’a pas besoin d’un gué pour rejoindre la terre, il lui suffit de le vouloir. Et de toute façon Avallon est un peu plus à l’ouest. Ce sont bien entendu les Tud Vor, appelés aussi Courants ou Morriganed, d’où la confusion avec la fée Morgane, autrement dit les Korrigans des mers qui ont poussé et roulé avec toute la détermination et l’obstination qu’on leur connaît, ces galets un par un pendant des millénaires, à l’échelle du temps humain, pour former ce sillon dans la mer, le Sillon de Talber.
Les Ar Gall étaient forts et puissants comme l’indique leur nom. Ou plutôt, ils avaient ce besoin de le faire croire à quiconque aurait pu s’imaginer égal à l’un d’entre eux. Bien moins nombreux aujourd’hui et dispersés sur la Bretagne et plus loin sans doute, ils n’ont pas changé. Dès lors qu’on a croisé le regard d’un Ar Gall, il ne vient plus à l’esprit de personne de les contrarier à ce sujet. Ils sont forts, intelligents, libres et différents. C’est ainsi qu’ils se voient et qu’ils veulent qu’on les regarde. Des gens d’un autre monde. D’ailleurs ils habitaient l’Enfer autrefois. Leur histoire se mêle à la terre et aux pierres des trois rives. Maçons et paysans, ils ont façonné à leur idée plusieurs hectares et quelques murs alentours.
Mais la vase noire de la Baie de l’Enfer doit bien cacher d’autres mystères. Elle est ancrée sur la rive ouest du Jaudy. En face un petit hâvre s’appelle Port Béni et un autre situé un peu plus loin sur la presqu’île est nommé Port-La-Chaine. Jolis noms en vérité ! Le premier de ces deux ports a-t-il gagné son nom, comme le raconte Monsieur le curé, en recevant les premiers pas de saint Maudez, le moine irlandais qui a tenté d’évangéliser les indigènes ? Le saint homme s’est peu après sagement réfugié sur une île voisine à l’embouchure du Trieux qui, elle, porte bien son nom. Si vous passez par là, je vous souhaite sincèrement de venir au Port Béni par la terre à moins d’être né sur ces rivages et d’avoir navigué dans ces eaux depuis votre plus jeune âge. Ce très beau paysage à marée haute découvre, quand la mer descend, la plus belle collection de brise-coques jamais vue, sauf dans le Ferlaz peut-être. Port Béni a-t-il plus exactement gagné son nom en offrant aux habitants de la petite ville, le plou bihan ou Pleubian comme on l’appelle, l’assurance de revenus offerts régulièrement par la mer charitable en tempêtes généreuses ? Certainement. Quant au deuxième, Port-La-Chaîne, aucune chaîne en fer ni dans aucun autre métal, ne l’aura baptisé, comme chacun s’en doute à présent. Ni amarre, ni bijou, cette chaîne-là est celle que bâtissent les bras d’une communauté pour rapporter le butin dans les chaumières, évidemment !
Contournons, si le vent le veut bien, si les courants l’acceptent et si nous les suivons, le Sillon de Talber. Laissons là l’Île Maudez et l’Archipel de Bréhat, intéressants, certes, mais pas dans l’immédiat. Pénétrons le Trieux, contournons l’Île à Bois. Une petite baie est si plaisante qu’on l’a nommée la Baie du Paradis. Elle est située sur la rive ouest du Trieux, tout près d’une autre baie qui cache les ruines d’un moulin à marée, le moulin de Coat Mer. C’est là qu’est décédé le dernier propriétaire du moulin, un homme de la famille Bourgès qui compte de nombreux artisans de la Presqu’île Sauvage. Des maçons également, comme les Ar Gall et ils possédaient des fermes et des terres aussi sur la presqu’île entre les deux rivières. Pas étonnant qu’un Ar Gall ait fini par épouser une Bourgès, ça devait arriver à s’occuper ainsi de la terre et des pierres du même pays, c’est même peut-être arrivé plusieurs fois. A moins que ce soit une Ar Gall qui ait épousé un Bourgès, allez savoir ?
Toujours est-il que ces deux familles ayant fréquenté depuis toujours les abers des deux rivières qui abritent les Tud Vor, un grand nombre de leurs enfants furent bercés par les mères korriganes aux chants mélancoliques. Ce qui explique que nombre d’entre eux n’a jamais pu se résoudre à quitter ces rivages enchanteurs et se persuade encore aujourd’hui, alors que chacun peut courir le Monde à sa guise, qu’ils sont les plus beaux du Monde connu, et de l’Autre aussi peut-être.
09 août 2007
Noir comme la mer
Tout ce que je puis te dire
A cause de tant de murs,
Tout cela qui s’accumule
Autour de nous dans la nuit,
Il faudra bien que tu l’entendes
Lorsqu’il ne restera de moi
Que moi-même, à tes yeux cachés.
Tout ce que je puis te dire
Et que tu repousses dans l’ombre
A force de trop désirer,
Cet amour noir comme la mer
Où venaient mourir des étoiles
Et ce sillage de lumière
Que je suivais sur ton visage,
Tout ce qu’autrefois nous
taisions
Mais qui criait dans le silence,
Tout ce que je n’ai pu te dire
Le sauras-tu, sur l’autre bord,
Quand nous dormirons bouche à bouche
Dans l’éternité sans paroles ?
Louis Guillaume
Poètes de Bretagne, Anthologie, Charles Le Quintrec
15 février 2007
Ivresse
Enivrez-vous
II faut être toujours ivre. Tout est là c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui, chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront «II est l’heure de s’enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.
BAUDELAIRE - Petits Poèmes en Prose
14 février 2007
série marine 2
passe et revient le voile blanc d'écume sur la peau de sable rouge d'Etel
loin vers l'ouest volent mes rêves oubliés
27 janvier 2007
une bonne année pour GREEN IS BEAUTIFUL !
Laure
Maud, Jacques-Olivier Barthes, Katelia, Stéphanie Vialfont, Nikita
Design, Loic Fel, Matthieu Dortomb, Arnaud Legrand, Chris Lucas.
GREEN IS BEAUTIFUL®
est un collectif d’artistes, de chercheurs et de professionnels de la
communication environnementalistes, ayant pour vocation de promouvoir
un développement humain plus responsable, reposant sur un mode de vie
soutenable respectueux des ressources naturelles et de la personne
humaine.
Par ailleurs, nous
pouvons dès maintenant vous accompagner dans vos projets au travers des
compétences que le collectif développe : Photographie, illustration,
graphisme, web design et web development, conseils en éco-communication
et bio-esthétique.
contact
: laure maud - 06 11 31 83 09
laure.maud@green-is-beautiful.com
http://www.green-is-beautiful.com.fr
03 janvier 2007
découverte d'Ancient Lands
Sur les conseils de Yoald Penokea, je viens de passer un agréable moment de découverte d'Ancient Lands avec ma cousine Meluzine. Déconseillé aux âmes sensibles !
Second Life
SIM : Ancient Lands (136, 16, 24)
un ponton accueillant, un magnifique vieux navire
un trésor ?
quelques frayeurs
Meluzine Biziou
la sorcellerie de poudlard
des paysages fabuleux
d' étranges lieux
mais une fin lamentable
dans la salle des tortures
02 janvier 2007
série marine (suite)
j'exagère
les huîtres dégustées à même le rocher
réveillent mon instinct carnassier
de vieux loup
de mer
01 janvier 2007
série marine
31 décembre 2006
Lascaux en attendant Bilal
imaginez qu'un type talentueux comme Bilal vienne s'amuser sur Second Life
ou d'autres
en attendant, j'ai visité les "Lascaux Caves", une libre interprétation sur thème de grottes ornées de peintures préhistoriques
grâce à la lecture d'un article de Yoald Penokea, photographe de Second Life
ma prochaine visite sera Acropolis, sur les conseils de Wangxiang Tuxing
28 décembre 2006
Fanny, avec ton prénom à aimer un marin, pourquoi attachais-tu le tien
Avais-tu peur que l’oiseau ne couche dans un autre lit ? Les liens que tu aurais dû tricoter n’étaient-ils pas sortis de tes doigts ? Crois-tu que ton homme aurait filé boire l’oubli de ton visage et de ta peau dans la couleur des alcools de comptoir ? Il n’aurait jamais pris un bateau en tous cas, les hommes de ma famille ne quittaient pas la pierre ni la terre qu’ils façonnaient à leur façon. Maintenant, peut être qu'ils partiraient, rien n’est plus aussi attachant. On quitte, on laisse plus facilement. D'ailleurs ils ne sont plus là.
Ce talus a-t-il été monté de ses mains, aidé de ses cousins, qui sont aussi les miens, mais on l’est tous, dit-on par ici. Seulement toi, Fanny, tu portes mon nom. Les pierres du talus retenaient les terres qui nourrissaient tes vaches et tes gamins et qui auraient coulées à la mer à la première tempête. C’est toi qui les avaient plantés d’ajoncs, de genêts et de prunelliers, ou lui encore, qui sait, parce que ça pique.
Et pour aller chez toi passais-tu jupes relevées, boutou coat à la main ou faisais-tu la fière à attendre que la marée te laisse un gué. Tu devais relever tes jupes car tu n’aurais pas manqué la messe un dimanche sur deux. Ou bien ton homme te menait-il en barque à grands coups de godille. Je le croirais assez bien, les hommes de chez moi sont bien plus fiers. Trop, sûrement, ça les tuent encore. C'est une route qui vient chez toi aujourd'hui. Avec un semblant de parking et l'électricité.
Cette maison était bien fière aussi, dressée sur le rocher de la Pointe du Palud loin de la Baie de l’Enfer. Enfin, pas si loin, mais on ne la voit plus de chez toi. On surveille la rivière, on scrute l’horizon derrière l’île d’Er. Alors c’était pour ça peut être que ton mari était ficelé au lit de fer. Pour qu’il n’aille pas en Enfer ? Car le curé l’a dit, comme celui d’Ouessant dans le livre de Queffelec. Il ne faut pas attendre la tempête au loin derrière l’île d’Er. Il ne faut pas sortir le soir quand l’orage claque sur le toit de ta maison, Fanny. Tiens ton bonhomme en laisse qu’il n’aille pas courir fortune de mer, ou l’Ankou le mènera en Enfer.
Cette histoire me plairait bien, mais les pagans sont plus à l’ouest, au pays léonard. Nous ici on ne dit rien, les hommes sont des taiseux. On jette les phrases en l’air et tant mieux qui comprendra. On ne dit pas Landreguer. On balance un ‘ndreguer et ça nous fait Tréguier pour les Français. Non, le Trégor, n’est la côte au trésor. Il y a juste un Port-la-Chaîne en face et un Port-Béni aussi. Mais ta maison, Fanny, est un coffre aux merveilles. Calder aimait venir respirer son air et surveiller l’île d’Er de la grande verrière mal construite au derrière.
Ton homme s'est pendu, Fanny. L'Enfer, il est pour Qui ?
27 décembre 2006
John sifflait cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras
Pourquoi John siffait-il cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras. Il savait que c’était un air de jazz appris par cœur pour épater un ami. Mais le nom de l’ami, le nom du morceau et la raison pour laquelle ce truc s’imposait malgré lui à ses lèvres ne franchissaient pas la barrière de brume qui enfermait sa cervelle malade. Charlie Parker, mais le nom du morceau ? Et pourquoi ce Charlie, il aurait pu siffler un air de Charlie Christian ou Charlie Mingus, plus en rapport avec cette fille ou mieux assortie à cette rue en pente qui les remontaient du port ? Il s’en foutait. Ce devait être un air de Charlie Parker, et celui-là justement parce que il était infredonnable par un sourd au jazz. John détestait le jazz.
Lui revint en mémoire le concert affreux de ce pianiste virtuose qui s’acharna toute une soirée à transporter dans un trip perso le public qui avait payé très cher son entrée. Après des entrées rapides sur des thèmes très connus, il déblatérait de longues, d’épuisantes élucubrations grotesques et personnelles dénuées de sens, compliquées à l’extrème et totalement insupportables pour des oreilles ordinaires. Quand revenait enfin après mille baillements retenus le thème du départ, c’était hélas l’annonce d’un nouveau morceau appelé par de frénétiques applaudissements assurément complaisants. Comment pouvait-il en être autrement ? Ces gens étaient-ils tous fous à lier ? Non. On le lui avait répété assidûment, c’était lui, John qui était sourd, définitivement sourd au jazz.
Seulement John sifflait cet air en marchant dans la rue, la fille encore accrochée à son bras en remontant la rue qui les éloignaient du port. Alors une scène s’éclaira au fond de l’écran de sa mémoire sombre. Elle l’avait traîné dans une boîte de jazz, un caveau sous la ville excitée pour taper du pied et secouer le menton d’un air entendu. Lui n’entendait pas ces airs, mais il la voulait, elle, et voulait lui plaire. Alors il s’est accoudé au piano avec un Cuba libre à la main et l’a regardée. Elle ne dansait pas, non, comme les autres venus au fond de ce trou. Elle écoutait gravement avec un sourire figé sur les joues et son pied tapait le sol et sa main la cuisse d’un air entendu. John en fut agacé et regarda le pianiste que tout le monde écoutait. C’était un bel homme immense avec cinq phalanges à chaque doigt qui couraient en tous sens sur le clavier. John aima la ferveur de cet homme avec sa sueur sur le front. Il distinguait à peine le mouvement des phalanges tellement elles allaient vite. Il regarda les épaules et lu les heures d’acharnement, il regarda la mèche blanche qui se noyait dans le gris des cheveux, il vit les douleurs aux articulations de ce géant poussé trop vite quand il était môme et mal nourri. Et la musique, cette fois entra dans ses oreilles. Il ne tapa pas du pied, ne secoua pas le menton. Il écouta. Cette fois.
Alors pourquoi John sifflait-il un air de Charlie Parker en remontant la rue du Port une fille au bras. Pour se prouver qu’il aurait pu ne pas être sourd si le jazz était entré au bon moment et par la bonne porte. Peut être. Allez savoir.
22 décembre 2006
une échappée de fin d'année sur Second Life

John est Gianni Biziou sur Second Life
Je n'ai pas résisté longtemps à la nouvelle destination à la mode pour les voyages,
Nessy m'a convaincu d'aller faire un tour sur Second Life pour prendre un peu de couleur

Gianni Biziou sur la plage du "007 Casino Royale" sur l'île Desire !
Si vous voulez me trouver, sachez que j'ai pris mon petit nom, Gianni, et Biziou comme nom de famille
08 décembre 2006
Le moins qu’on pouvait demander à une sculpture, c’est de ne pas bouger
Mai 1956
le 12
La critique est une chose sublime. Elle est digne seulement des génies. Le seul homme qui pouvait écrire un pamphlet sur la critique, c’était moi, parce que je suis l’inventeur de la méthode paranoïa-critique. Et je l’ai fait. Mais là encore, comme pour ce journal, comme pour ma Vie secrète, je n’ai pas tout dit, et j’ai pris soin de garder en réserve des pommes pourries grenades explosives et si, par exemple, on me demande quel est l’être le plus médiocre qui ait jamais exosté, je dirais Christian Zervos. Si on me dit que les couleurs de Matisse sont complémentaires, je répondrais qu’en effet elles ne cessent pas de se faire autre chose que des compliments. Et puis je répéterais encore qu’il serait peut être bien de faire un peu attention à la peinture abstraite. A force de devenir abstraite, sa valeur monétaire aussi deviendra très prochainement abstraite. Il y a une gradation dans le malheur de la peinture non figurative : il y a l’art abstrait qui a l’air si triste ; puis ce qui est plus triste encore c’est un peintre abstrait ; la tristesse s’aggrave de malheur quand on se trouve en face d’un amateur de peinture abstraite ; mais il y a pire encore et plus sinistre : être critique et expert de peinture abstraite. Parfois, il arrive une chose ahurissante : toute la critique est unanime pour affirmer que quelque chose est très bon ou très mauvais. Alors, on peut être sûr que tout cela est faux ! Il faut être le dernier des plus secs crétns pour affirmer que si les cheveux blanchissent, il est bien normal que les papiers collés jaunissent, eux.
J’ai intitulé mon pamphlet : Les cocus du vieil art moderne mais je n’y ai pas dit que les cocus les moins magnifiques de tous sont les dadaïstes. Vieillis, les cheveux blancs, mais toujours d’un anti-conformisme extrême, ils aiment à la folie recevoir d’une biennale quelconque une médaille d’or, pour une œuvre fabriquée avec la plus grande volonté de déplaire à tout le monde. Il y a tout de même des cocus moins magnifiques si possible que ces vieillards, ce sont les cocus qui donnèrent le prix de sculpture à Calder. Ce dernier n’a même pas été dadaïste, mais tous l’ont cru, et personne n’a pensé à lui dire que le moins qu’on pouvait demander à une sculpture, c’est de ne pas bouger !
Salvador Dali
Journal d’un génie
balade dans les signes du temps
mystères gravés



force des mers oubliées



pleure pas
sourit !
t'as un gros nez
biscornu et joufflu rigolard

une tête de poisson

putain de livre
La médecine fait des miracles. Tenez ces petites pilules, blanches et rouges, ça va vous soulager. Il faut les prendre dès les débuts de la douleur, sinon … Sinon, quoi, ça s’inscrit dans un coin du cerveau en mémoire et ça refuse de s’effacer ? Oui, quelque chose comme ça. Je les prends ses pilules au toubib. Au moins je ferais plaisir à quelqu’un. J’y crois pas, moi, à ses miracles. Ni à rien d’ailleurs. J’aurais pas dû sortir ce livre de l’étagère. Il était bien, là, couvert de poussière. Maintenant je la respire cette poussière et elle me brûle les yeux. Je l’avais oublié celui-là. Il n’a pas deux pages qui tiennent ensemble. Bien fait pour lui. Je retrouve les mots qu’il m’a infligés en intraveineuse à mon insu. Non, je le savais. Et pas que moi. Les autres l’ont lu également, fallait bien chercher à comprendre pourquoi il ne me quittait pas. Il est même tombé dans la baignoire une fois. C’est vrai, une fois, cette fois on a pris le bain ensemble. Bien fait pour lui. Salope de putain de livre. Maintenant, va comprendre pourquoi j’ai un peu de lui en moi. Presque rien, le plus mauvais assurément, le crétin ne peut que singer le maître, de loin. J’ai mal, bordel, tous ces trucs qui ressortent en vrac et me parlent du temps. Pas celui qu’il fait, celui qui ronge. Et puis je l’ai oublié ce putain de livre, coincé sur l’étagère, les malles défaites pour la dernière fois qu’il paraît. S’il savait qui sont ses voisins, ah, ça me fait bien marrer ! Pourquoi je l’ai ressorti, bordel. A cause d’une feuille tombée, va savoir si c’était pas exprès. Pour me ressouvenir quand je crois plus à rien. Faut que ça écorche encore les trucs qui font que du mal. Pour qu’on croit qu’on est pas mort quand on sent la douleur. Mais moi je crois plus à rien. M’en fout d’être égoïste avec ce mal de crâne qui ne lâche pas. M’en fout de mal le dire. J’ai pas les mots qu’il faut. Juste quelques lignes qui m’ont gâché le sang il y a très longtemps.
04 décembre 2006
alors danse
alors danse, dansons
si tel est ton désir
j’y prendrais mon plaisir
viens je t’attrappe fuyons
sur la piste tourne moi tourne toi
et secouons les étoiles
demain il en pleuvra sur nous
je te prends par un bras accroche mon épaule
lisse ta peau sur la mienne inspire mon haleine
que nos sueurs se mêlent
que se choquent nos fronts
je retiens ton souffle et insuffle à ta peine
la langueur de mes maux
retiens les tiens et vas-tu te taire
enfin
et mes pieds sur tes pieds je t’atteins je t’enterre
que je prenne la nuque que je te serre le cou
ta bouche sur la mienne enroule encore mes mots
tu sais si bien le faire
entends mon cœur il ne bat pas plus vite
et ton cœur va comment sous sa belle carapace
je t’offre mes gouffres d’amertume
allons dansons funambule
agrippe ma main je t’enlace
tu plonges et bois l’écume
écorche mes doigts je t’embrasse
écoute la vie elle nous oublie déjà
ondule si tu veux
moi je suis le tempo de tes rires cruels
je ne sors plus les crocs
que pour rire aux éclats
puisqu’un miroir tu crois avoir croisé par là
alors danse avec moi
tourne ton masque et regarde en bas
sous la roche
en enfer
je t’emporte à mon bras
tu sauras bien pourquoi
03 décembre 2006
loup soulevé
empressé d'être pris, le loup
à peine un moment soulevé
fixe un des songes sur la toile
une impression en arc-en-ciel
par deux mots qui accrochent ses voiles
entre flancs, piment rouge et miel
son langage doublement dévoilé
d'une image ébauchée, le fou
nait rire, orgueil et vanité
29 novembre 2006
Un soir
Un soir
Un aigle descendit de ce ciel blanc d'archanges
Et vous soutenez-moi
Laisserez-vous trembler longtemps toutes ces lampes
Priez priez pour moi
La ville est métallique et c'est la seule étoile
Noyée dans tes yeux bleus
Quand les tramways roulaient jaillissaient des feux pâles
Sur des oiseaux galeux
Et tout ce qui tremblait dans tes yeux de mes songes
Qu'un seul homme buvait
Sous les feux de gaz roux comme la fausse oronge
O vêtue ton bras se lovait
Vois l'histrion tire la langue aux attentives
Un fantôme s'est suicidé
L'apôtre au figuier pend et lentement salive
Jouons donc cet amour aux dés
Des cloches aux sons clairs annonçaient ta naissance
Vois
Les chemins sont fleuris et les palmes s'avancent
Vers toi
Guillaume Apollinaire
Alcools
28 novembre 2006
Et Tud Goemon s’éloigna en shootant dans les bigorneaux collés aux galets de la rive
Et Tud Goemon s’éloigna en shootant dans les bigorneaux collés aux galets de la rive.
Il approchait de la maison noire, celle que des fous avaient peint avec le goudron comme celui qui poissa les oiseaux et empoisonna les poissons. Une fois surtout, et puis souvent depuis. Dans cette maison la musique ne sonnait plus comme autrefois quand le grand homme du nord l’habitait avec un nom à pas coucher dehors. Il y a moins d’invités aussi. Mais Tud Goemon s’en fichait des abrutis d’humains qui arpentaient la digue. Il entrait parfois dans la maison noire. C’était facile par les tuyauteries. Elles plongeaient jusqu’à la mer et même à marée basse et elles reliaient le bassin d’eau chauffée au deuxième sous-sol sous le jardin. Il avait bien essayé par la cheminée qui sortait de la pelouse. Mais la suie le faisait tousser. Alors il entrait par la tuyauterie et plongeait dans l’eau chauffée de la piscine du deuxième sous-sol. Et là il se rappelait la musique qu’on entendait avant, dans cette maison noire, tout en haut presque au plafond, quand les gens qui venaient ici, venaient pour la musique.
Mais Tud Goemon ne s’arrêta pas devant la maison noire. Il continua en shootant dans les bigorneaux. Ses grandes nattes de goemon collées par paquets se balançaient comme portées par les vagues entre les rochers quand la mer monte. Il secouait la tête. Non, je n’ai pas envie de la revoir. Mais je dois lui parler. Je vais le dire à maman d’abord. Elle, elle saura lui parler. Peut-être.



























































































